
J'utilise en majorité des
racines de Cade (genévrier méditerranéen) et de
la bruyère. J'ai également travaillé des racines
de chêne liège, de pistachier et de buis. Mon fournisseur
en racine me les procure
souvent déjà sèches, brûlées par le
soleil et délavées par les intempéries. Ce sont
ces racines que j'utilise en priorité, j'en rentre dans mon
atelier, les autres sèchent à leur rythme. Le travail intéressant commence
alors… La racine choisie est de nouveau
nettoyée mais à sec et plus en profondeur. Tout d'abord avec un petit tournevis je
rentre dans toutes les cavités pour en extraire le plus
possible toute trace de terre et de pierre dont l'effet serait
désastreux pour l'affûtage des outils. L'aubier, les
extrémités fendues sont éliminées. Les
trous d'insectes xylophages sont remontés jusqu'à leurs
extrémités pour voir s'ils sont encore habités…
Les loupes sont nettoyées à la brosse
métallique. Durant tout ce travail, une relation
s'établie avec la racine, je commence à entrevoir des
possibilités, des parties à garder, ou à
retirer. Le deuxième nettoyage
terminé, je tourne la racine en tous sens et l'observe
jusqu'à ce qu'elle " me parle ". Quand une idée
apparaît, il faut l'essayer pour voir si elle correspond
vraiment à la pièce de bois. La met-elle suffisamment
en valeur ? Parfois plusieurs idées se
succèderont sur une même racine, avant que l'une d'elle
soit jugée bonne. Quand le sujet le permet, j'aime
à laisser des parties brutes qui laisseront une trace de la
racine originelle et qui mettront en valeur par contraste la
beauté intérieure des racines travaillées.
Je travaille ces racines notamment avec
des fraises tournant à environ 25.000 tours par minute.
Malgré le nettoyage précité, les outils
souffrent beaucoup. C'est pour moi un grand bonheur de
prendre une racine sans avoir aucune idée de ce que je vais
réaliser. Je suis parfois surpris de constater dans quelle
direction le bois m'entraîne. La germination de cette idée est
pour moi excitante et ludique, c'est un travail qui me
passionne…


